Transat Jacques Vabre - L'effet de grappe

2013 Transat Jacques Vabre
Les deux derniers Multi 50 et trois Imoca sont attendus à Itajaí à partir de la nuit prochaine avec un duel très disputé entre Bureau Vallée et Votre Nom Autour du Monde pour l’octroi de la cinquième place des monocoques 60’… Du côté des Class40, il y a une nouvelle dynamique dans la flotte car les groupes se resserrent et s’auto-motivent alors qu’il reste encore quatre à sept jours avant d’en finir au Brésil!

Dans toute course océanique, il y a des effets de groupe, des écarts qui se créent entre bandes et une hiérarchie qui s’établit en général au bout d’un tiers du parcours et qui n’évolue que peu au fil des jours. C’est particulièrement le cas pour les transats Est-Ouest mais pour un parcours Nord-Sud comme cette onzième Transat Jacques Vabre, « l’effet de grappe » est symptomatique d’une pyramide à géométrie variable!

Le phénomène a été déjà abordé avec les monocoques Imoca qui ont démontré que la place de leader a été chèrement disputée : sur les quatre premiers à Itajaí, trois d’entre eux ont pris le commandement à un moment ou un autre, sans compter Macif (Gabart-Desjoyeaux) qui a aussi joué les animateurs avant son arrêt à Péniche et avant son démâtage devant Salvador de Bahia. De même pour le final actuel de cinq anciens monocoques du Vendée Globe : Bureau Vallée et Votre Nom Autour du Monde sont au contact à moins de trente milles l’un de l’autre. Or même si le duo Louis Burton- Guillaume Le Brec est bien positionné pour s’imposer à Itajaí, il ne faut pas oublier qu’il doit conserver un écart de plus de deux heures sur Bertrand de Broc-Arnaud Boissières s’ils veulent s’adjuger la cinquième place ! En effet, prenant en compte son détournement pour porter secours au Multi 50 Arkema-Région Aquitaine chaviré, le Jury international a octroyé deux heures de bonification à Votre Nom Autour du Monde…

Le match est donc loin d’être joué surtout que la baie de Rio de Janeiro est en pleine phase de transition : les masses orageuses se déportent enfin vers l’Est laissant sur Itajaí une brise plutôt molle. Si ça avance encore bien ce mardi après-midi à plus de quinze nœuds, la nuit s’annonce plus compliquée avec des bulles dépressionnaires en formation au large de Sao Paolo… Les estimations d’arrivées (ETA) indiquent ainsi que les deux Multi 50 Rennes Métropole-Saint Malo Agglomération (Lamiré-Mura) et Vers un monde sans Sida (Nigon-Villeneuve) vont devancer les Imoca : le premier viserait la ligne ce soir vers 21h30 locales (0h30 heure française), le deuxième après le lever du jour aux environs de 9h00 locales (midi heure française).

A suivre, les duellistes Bureau Vallée et Votre Nom Autour du Monde vont batailler jusqu’à midi local, précédant les Polonais de Energa (Gutkowski-Marczewski) de quatre heures environ. Et il faudra attendre le soleil levant de jeudi pour voir apparaître à l’horizon brésilien, le couple de duos qui n’a pas fini de croiser et recroiser : Team Plastique (Di Benedetto-Monaco) et Initiatives Cœur (de Lamotte-Damiens) devraient arriver à quelques encablures l’un de l’autre vers 6h00 locales…

Depuis le golfe de Gascogne, le leader des Class40 ne semblait pas devoir être inquiété : avec 30 milles d’avance au cap Finisterre et 90 milles au passage de l’équateur sur son sistership Mare (Riechers-Brasseur), le final semblait pouvoir se dérouler paisiblement sur une route toute droite, travers au vent des alizés. Mais GDZ Suez (Rogues-Delahaye) à cent milles au large des côtes brésiliennes doit désormais regarder dans son rétroviseur! Les Espagnols de Tales Santander 2014 (Pella-Santurde) sont très rapides depuis qu’ils ont débordé l’équateur et particulièrement ces dernières heures : près de vingt milles grappillés en 24 heures !

Or comme la situation météorologique au large de Vitoria est instable avec beaucoup de grains, il va falloir conserver le rythme voire l’augmenter si c’est possible, pour maintenir sa place… Mare va aussi être titillé par ce débordement espagnol, tandis que les groupes suivants ont rehaussé le tempo depuis qu’ils naviguent à vue ou à la même latitude. Ainsi en est-il de la deuxième « grappe » : Groupe Picoty (Caso-Chappellier) et SNCF Geodis (Amedeo-Tripon) sont en contact visuel et Watt & Sea (Bestaven-Ducroz) n’est pas bien loin devant… De même pour le triumvirat suivant avec ERDF-Des pieds et des mains (Seguin-Richomme) qui a décidé de ne pas s’arrêter malgré une panne d’hydro-générateur, Vaquita (Petter-Hanakamp) qui a retrouvé de sa superbe après un Pot au Noir désastreux et Campagne de France (Mabire-Merron) toujours à l’affût : ils sont tous les trois alignés comme à la parade!

Pendant ce temps, les Britanniques de Caterham Challenge (Gascogne-Thompson) sont en escale technique à Recife depuis 8h00 TU pour réparer leurs voiles. Ils ont ainsi décroché de la grappe de six qui bataille dans le sillage de Phoenix Europe (Duc-Alran)… Et il y a encore deux groupes à suivre avant de clore la flotte : EcoElec-Fantronic (Darni-Bernard) vient de sortir du Pot au Noir alors que la lanterne rouge 11th Hour Racing (Jenner-Windsor) vient d’y rentrer ce midi ! 1 300 milles séparent le leader du dernier : les grappes sont éparpillées…

Sam Manuard, co-skipper de BET1128 (Class40): 'Tout va bien. On a des conditions assez instables, un alizé assez faiblard, et des gros grains. On a fait un petit moment à 6 nœuds sous spi, c’était difficile, mais la mer est belle, il y a du soleil, c’est plutôt sympa. Notre réparation sur le bout-dehors a marché. Ca a l’air de tenir, il est un peu plus court qu’avant, mais au moins on peut envoyer des spis. Ce qui est dommage, c’est qu’on a un peu perdu le contact avec les premiers et les poursuivants ! C’est intéressant, il y a des bateaux de différents architectes et puis surtout des voiles différentes. Par exemple, Tales Santander 2014 a des voiles taillées pour naviguer par 110-120° du vent. Nous, on se méfie de Fantastica, ils ont l’air d’aller un peu mieux que nous, on verra bien.'

Olivier Roussey, skipper d’Obportus 3 (Class40): 'Nous sommes heureux d’avoir franchi l’équateur pour la première fois hier soir, on a fêté ce grand moment dignement avec une bouteille de champagne. On s’est dit qu’on avait réussi une partie de notre projet. Notre objectif, c’est Croix du Sud, on lui reprend régulièrement quelques milles, on a décidé de monter en puissance, parce qu’on a envoyé une voile d’avant plus grande. Les organismes sont un peu atteints, mais nous avons le moral, l’arrivée c’est pour bientôt ! Il nous reste encore une bonne dizaine de jours.'

Jean-Christophe Caso, skipper de Groupe Picoty (Class40): 'Depuis ce matin, c’est très mou, là ça repart, on a un vent d’Est de 12-13 nœuds, on est sous spi assez serré. Avec Fabrice (Amedeo) et Armel (Tripon) qui sont 2 milles sous le vent, on s’est recroisé dans la nuit, on a causé à la VHF. Nous nous servons de sparing partners! Nous sommes partis pour un bon bout ensemble. Nous naviguons à vue depuis le Pot au Noir. Ça ressemble aux entraînements. Sauf que ce n’est pas de l’entraînement ! C’est sympa, mais on reste super concentré. Watt & Sea, ça marche mieux pour lui, le décalage était là depuis le début… On arrive à tenir la distance avec le paquet de derrière, on va voir dans les jours à venir ce qui va se passer, on surveille Yannick (Bestaven) et Aurélien (Ducroz). Il faut se concentrer sur ce que nous avons à faire. Les trois bateaux de devant sont de toute façon intouchables…'

Transat Jacques Vabre
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