Solitaire du Figaro - Langueurs portugaises

Départ de la deuxième étape - Porto to Gijon - 2013 Solitaire du Figaro
© Alexis Courcoux
Ce samedi à 13h10, les 41 solitaires ont pris le départ de la 2e étape à destination de Gijón (298 milles), dans une timide brise de sud. La remontée le long des côtes portugaises promet quelques langueurs à la barre cette nuit, dans un vent qui va progressivement s'étioler. Ce sera lent et mélancolique comme un Fado. Mais en attendant que les calmes emprisonnent la flotte, le plus énervé, en ce début d'après-midi était Jérémie Beyou. Le skipper de Maître CoQ prenait l'ascendant au terme du parcours côtier. Mais au classement de 15 heures, Adrien Hardy (Agir Recouvrement), plus proche de la route directe, avait repris la main. Le choc de la première étape n’est plus qu’un lointain remous dans les sillages. Après 72 heures d’escale portugaise, tous les coureurs relégués à plus d’une heure derrière le leader Yann Eliès (Groupe Quéguiner - Leucémie espoir) avaient la ferme intention d’effacer l’ardoise. D’autant que le profil de l’étape 2 a tout, sur le papier, pour créer de nouveaux chamboulements au classement. A 13 heures, l’impatience des marins à renouer avec la compétition se concrétisait par un rappel général. Le deuxième départ était le bon et c’est dans un vent de sud de 8 nœuds, mais très irrégulier en force, que les solitaires s’élançaient sur un parcours côtier de 6 milles devant Porto. Le groupe parti à terre chercher le courant du Douro prenait d’emblée l’ascendant : à l’issue du premier louvoyage, Jérémie Beyou enroulait en tête la bouée de dégagement devant Yoann Richomme (DLBC), Adrien Hardy (Agir Recouvrement), Jean Pierre Nicol (Bernard Controls), Thierry Chabagny (Gedimat) et Sam Goodchild (Shelterbox Disaster Relief). Le skipper de Maître Coq dominait ensuite tout le parcours côtier, jusqu’à s’imposer à la bouée Radio France, comme lors de la première étape bordelaise. A 14h26, il était le premier à envoyer le spi et à filer au largue serré, cap au nord-ouest. Un quart d’heure plus tard, toute la flotte avait respecté la marque et faisait route vers le cap Finisterre dans un vent refusant. Ce début de deuxième étape est conditionné par la présence d’un front orageux qui pourrait générer des vents très instables. Une partie de la flotte a choisi de traverser cette zone aléatoire au plus vite pour aller chercher de l’air frais plus au large, quitte à rallonger un peu la balade. C’est le cas de Jérémie Beyou et d’Anthony Marchand (Bretagne –Crédit Mutuel Performance), les deux hommes les plus occidentaux. De l’autre côté du spectre, certains ont opté pour une navigation plus proche de la route directe, comme Adrien Hardy (Agir Recouvrement, pointé en tête au classement de 15 heures), Gildas Morvan (Cercle Vert) et Jean Pierre Nicol (Bernard Controls). Entre ces deux extrêmes, une multitude de voies, dont celle, intermédiaire, empruntée par Thierry Chabagny (Gedimat). A 16h00, la flotte s’était étalée en éventail sur une bande de 3 milles et progressait sous génois à un peu plus de 6 nœuds de moyenne dans un vent de nord-ouest d’une douzaine de nœuds et face à une belle houle. La flotte s’apprête donc à entamer un long bord de près bâbord amures, avant d’entrer dans un marasme météorologique : « dans la nuit, le vent faiblira et la pétole deviendra de plus en plus menaçante. La houle de nord-ouest de 1.0 à 1,5 m ne facilitera pas la remontée. Le temps couvert et très humide se traduira par une visibilité devenant très mauvaise, parfois nulle en fin de nuit » prédit Météo Consult. Autant dire, une nuit lente et probablement sans sommeil pour les marins. Ils se sont déjà préparés à ce grand jeu de patience le long des côtes portugaises. Les 10 premiers à la bouée Radio France: 1- Jérémie Beyou (Maître CoQ) à 14h26 2- Adrien Hardy (Agir Recouvrement) 3- Anthony Marchand (Bretagne-Crédit Mutuel Performance) 4- Morgan Lagravière (Vendée) 5- Thierry Chabagny (Gedimat) 6- Simon Troël (Les Recycleurs Bretons) 7-Alexis Loison (Groupe Fiva) 8- Yann Eliès (Groupe Queguiner Leucémie Espoir) 9- Yoann Richomme (DLBC) 10- Sam Goodchild (Sherlterbox-Disaster Relief) Jérémie Beyou (Maître CoQ), joint après le passage de la bouée Radio France: 'C’est super. J’ai pris mes habitudes sur ces petits parcours et c’est pas mal. Maître CoQ aime bien quand il y a un peu de baston dans la basse-cour. Un bon départ, une bonne carbu, le bon côté au premier bord de près… C’est toujours très sympa de sortir en tête. Pour l’instant, chacun fait son option. On va être sous l’influence d’un grand talweg qui devrait traverser la flotte d’ouest en est et moi, mon idée, c’est de le traverser au plus tôt. Donc, je fais cap très ouest. Les autres ont choisi leur camp.' Frédéric Duthil (Sepalumic): Il faudra être philosophe: 'Comme d’habitude, il va falloir faire sa course, avant tout. Il est vrai que les modèles météo ne sont pas si simples que ça, mais c’est surtout l’arrivée à Gijón qui est indécise. Pour le reste, je ne suis pas trop inquiet. Même s’il y a des zones de molle, on devrait tous les toucher en même temps. Il faudra évier les dévents côtiers mais je ne suis pas trop inquiet jusqu’à une quarantaine de milles avant le finish où le scénario est très complexe, avec une zone sans champ de pression. On risque d’avoir un regroupement général à quelques milles de la ligne. Il faudra rester très philosophe. Ce ne sera pas une course de vitesse, mais une course d’observation et de placement.' Yann Eliès (Groupe Queguiner- Leucémie Espoir): 'Gagner: 'J’ai un scénario bien en tête, défini avec la cellule météo de Port-La-Forêt, je vais essayer de m’y tenir. Il n’y a pas grand chose d’autre à faire, le danger serait de commencer à regarder où sont les autres ou de commencer à marquer. Il est trop tôt dans la course pour passer à ce mode de navigation. Il faudra attendre les 20 derniers milles avant Dieppe pour passer dans ce registre. Alors je vais tenter la gagne. C’est le meilleur moyen pour garder mon avantage au classement général.' Julien Villion (Seixo Habitat) : Ce sera compliqué et tant mieux: 'Ça va être des conditions météo complexes. Avec d’abord un petit talweg orageux à passer. Ensuite, des pièges à éviter le long de la côte nord-espagnole. Une fois de plus, ce sera compliqué et tant mieux. J’ai surtout envie d’attaquer cette deuxième étape et d’oublier la première très vite. Peu importe les conditions météo. Tout me va.' Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) : Comme Tiger Woods: 'Mon jeu ce sera de faire une meilleure étape que la première en termes de résultat, notamment au classement général parce que ce n’était pas terrible jusqu’à présent. J’ai fait le deuil de cette étape là. Maintenant, on va essayer d’être bon sur l’eau jusqu’au bout. Pour ça, il faudra être vigilant avec ces vents faibles et tenir jusqu’à l’arrivée à Gijón. On connaît bien cette arrivée, on a fait pas mal d’étapes de Figaro là bas et à chaque fois, on sait que ça peut redistribuer les cartes dans un sens comme dans l’autre. Dans ma manière de naviguer, je ne vais pas tout changer. Je vais garder ce que je sais faire, oublier ce qui s’est passé et tourner la page comme le fait Tiger Woods. Il switche en 8 secondes, entre chaque coup.' La Solitaire website
http://www.sail-world.com/110874